Le port du masque est prohibé à France Télé

Cabinet Ktoza Tuval

Ce matin, les Prud’hommes ont annulé le licenciement du grand reporter Joseph Tual pour atteinte à son droit d’expression. France Télévisions est condamnée à le réintégrer sur le champ.

Un regard. Celui de Joseph Tual, dont la carrière se décline en vertigineuses plongées au cœur des affaires les plus complexes et les plus politiques de la République, a failli nous manquer pour la très sensible campagne présidentielle 2022 qui se prépare. Heureusement, la justice vient de corriger.

Une voix. De tristes laquais avaient essayé d’éteindre celle qui, depuis trente ans, raconte haut et fort, sur le service public, ce que les puissants du moment veulent qu’on ne raconte pas.

Joseph Tual, c’est l’affaire Boulin, suicide d’un ministre dans une flaque d’eau.

C’est l’affaire Ben Barka, disparition du premier opposant démocrate au pouvoir marocain.

C’est l’affaire Gordji, un iranien invisible impliqué dans les attentats qui ensanglantent notre pays dans les années 1980 et qu’on a laissé sortir indemne du territoire.

C’est l’affaire Karachi, sur le financement d’un parti de droite dans les années 1990.

C’est l’affaire Kieffer, un journaliste français kidnappé, pris en otage et finalement assassiné en Côte d’Ivoire.

Le Rwanda, où la lumière n’est toujours pas faite sur l’implication de notre pays.

Enfin, les écoutes Sarkozy, où Tual se heurte, abruptement et sans appel, au refus de France 3 de diffuser le fruit de son travail, qui va pourtant aboutir à la condamnation d’un ex-président de la République.

Ces révélations ne sortiront que grâce à la presse écrite.

Joseph Tual, lui,va être mis en quarantaine. 

Puis au placard.

Quand naît la Ligne Directe Harcèlement, il va demander secours. L’édifiante affaire du traitement de ce journaliste par la LDH de Madame Ernotte est relatée dans notre chronique « Halte aux bonobos ».

Au lieu de l’aider, la LDH se déshonore en l’abandonnant, et laisse ainsi la place à une procédure de licenciement.

D’où l’arbitrage demandé au Conseil de Prud’hommes.

Que dit la défense du Journaliste :

Je travaille. Je prends tous les risques. Je réussis à sortir des pépites. Vous  empêchez la diff. Je me plains et je dis « aïe ».

Le DRH dit :

> Tu n’avais pas le droit de dire « aïe ». Donc je te vire.

Les quatre conseillers prud’homaux devaient donc arbitrer : se plaindre d’une censure patronale est-ce… une expression libre ? … une critique inacceptable ?

Nous ignorons le cheminement des juges et les détails du procès ; nous attendons le texte du jugement pour expliquer les dessous et les ressorts de cette affaire. Pour l’heure, voici, telle que reconstituée par des témoins, la déclaration de Joseph Tual à la fin de l’audience le 18 mars dernier : 

Les débats avaient pris fin. Le président de la formation de jugement a demandé à Monsieur Tual de bien vouloir exprimer son point de vue personnel sur ce qui s’était échangé des deux côtés de la barre. 

Joseph Tual s’est levé et a dit :

« France Télévisions n’est pas une entreprise comme les autres, c’est une entreprise d’État.

Mais le pouvoir a tendance à nous considérer comme un porte-voix, une boîte de com’. Et nos employeurs ont tendance à respecter le pouvoir.

Ceux qui essayèrent de me faire taire en 2012 ne sont plus là : il y a eu une alternance politique.

Les alternances politiques arrivent et nous, en général, on change de patron. Dans l’année qui suit, il y a un turn-over

En 2017, c’est pareil : Madame Ernotte ne veut pas travailler avec ceux qu’elle a trouvé en arrivant. A chaque succession de direction, c’est un combat, et nous, nous on ne supporte pas la censure. 

Parce que la télévision publique, elle doit être faite pour vous, pour vous informer. Et dans ces combats, il y a des mots. Je les assume, à l’intérieur d’un combat.

Ce n’est pas parce que vous êtes un Directeur de la Sécu de droite que vous n’allez pas rembourser vos administrés de gauche, et vice-versa. Nous, à France Télévisions, c’est pareil. Ce que nous devons, nous le devons à vous tous, pas à la droite ni à la gauche. C’est vous, les juges, les policiers, les citoyens, nos vrais employeurs. »

A suivre pour lire ensemble le jugement.  

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