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L’art de la défausse (3/4). Pourquoi une Ligne Directe Harcèlement ? Pourquoi travestir France Télévisions en jungle où mâle violent harcèle femelle victime ? 

Pour comprendre ce qu’essaye de fabriquer la Présidence, une petite visite à l’intérieur de la machine LDH s’impose.

Exclusif : la story du dossier inaugural de la LDH

Imaginez-vous journaliste professionnel. Grand reporter à France Télévisions.

~ La frime !

Imaginez que, sans motif officiel, on vous prive de travail. Et que cette mise à l’écart dure. Longtemps. Trois ans. 

~ La loose !

Imaginez enfin que, tout soudain, l’info vous parvienne de cette nouvelle procédure interne, la LDH, censée offrir aux salariés de France Télévisions une assistance en cas de harcèlement. 

Ne saisiriez-vous pas cette chance de sortir enfin du placard ?

Ça a l’air sérieux. Un tas de spécialistes. DRH, psychologue du travail, médecin du travail, et même des syndicalistes, qui sauront parler pour vous. C’est décidé, vous faites la démarche.

On vous reçoit, on vous écoute. 

Vous racontez : 

Vos enquêtes un peu trop sensibles, vos scoops qu’on préfère ne pas diffuser. Du coup, vos réclamations, un peu trop sensibles elles aussi. Dans les étages, on scelle votre sort. Vous racontez l’exclusion de votre rédaction. L’isolement. Le désœuvrement. Le regard des autres étonnés que, mois après mois, vous teniez le choc. Les DRH qui vous évitent, accrochés au scénario prévisible : vous finirez bien par décompenser et quitter de vous-même la maison. 

~ Ou disjoncter et fournir prétexte à se faire virer.

Fin de votre récit.

Et là, tout autour de vous, l’équipe de la LDH semble bien ennuyée. 

Est-ce parce qu’avec vous elle essuie les plâtres ? Car vous êtes le tout premier plaignant. Et le dossier s’avère bien épineux. Il pose beaucoup de vraies questions : sur l’indépendance intellectuelle du journaliste, sur le harcèlement des barons, sur le positionnement de la DRH, censée protéger le personnel.

Mais justement, n’est-ce pas une chance pour cette instance portée sur les fronts baptismaux par la Présidente elle-même ? Ne va-t-elle pas pouvoir, cette toute nouvelle Ligue des Droits de l’Homme, prouver son sérieux, son impartialité, bref, son utilité ? 

Faut pas rêver. L’enquête va durer des mois. 

Pourquoi ? On l’ignore toujours, trois ans après.

Hypothèse : une délicate négociation a traîné en longueur. On imagine le médecin du travail, le psy, les syndicalistes, se battre bec et ongles…

Mais pourquoi auraient-ils eu besoin de « se battre » dans une instance de concertation ? 

Parce que jamais un membre de la direction, s’il est le harceleur, ne va se faire « verbaliser » par la direction RH ( membre de la LDH ). Question de crustacés dans un panier.

~ Alors ils font comment d’habitude à France Télévisions ? Ils enterrent ?

Tout dépend du type de harcèlement. 

Le harcèlement moral, on ne traite pas, la règle est plutôt : on enterre. 

Le harcèlement sexuel, même régime : on enterre. Une différence toutefois : quand le cas fait désordre, risque de faire scandale, on indemnise la victime et la brute reste en poste. 

Que ce soit en présence de harcèlement moral ou sexuel, il n’en va autrement que dans de rares cas : ceux où la direction générale voulait justement se débarrasser du harceleur. Alors l’affaire de harcèlement devient… une aubaine.  

~ Donc ton journaliste qui sèche à la LDH, il n’avait aucune chance ?

Aucune. 

~ Alors à quoi elle sert, cette LDH ?

A soulager le service RH de sa responsabilité, responsabilité personnelle s’agissant du directeur RH dont dépend le journaliste. 

Et à donner le beau rôle à la Présidente tout en lui permettant de se défausser de sa propre responsabilité en matière de santé et sécurité des salariés.

Là réside la réalité, en termes de gestion sociale, du harcèlement. Que Madame Ernotte tente de transformer rapports de subordination et risques psycho-sociaux… en confrontation violente et sexuelle de groupes rivaux mâles-femelles, à vous de juger ; toujours est-il qu’elle ne trompera jamais personne en justice.

~ Finalement, elle s’en est sortie comment la LDH ?

Le plus simplement du monde : en ne laissant pas de traces de ses conclusions. A l’issue de son enquête, la LDH est censée proposer, au plaignant, une « restitution ». Trois ans plus tard, le journaliste en attend toujours les conclusions écrites.

Allez, une petite dernière pour la route ?

Notre journaliste, qui connait son métier, a enquêté sur l’enquête. Recueilli des témoignages off. Croisé les récits. Et a reconstitué ce qui s’est passé :

Il y a bel et bien eu négociation au sein de la LDH. 

La faction RH a obtenu :

> Les années de placard ne seront pas qualifiées de harcèlement
> Le baron harceleur ne sera pas désigné, encore moins mis hors d’état de nuire 
> aucune réparation ne sera préconisée

La faction pro-salarié a obtenu :

> La LDH préconisera un retour à l’emploi 

C’est ce que dans la propagande managériale on appelle « un deal gagnant-gagnant ». Nous y reviendrons, pour expliquer en quoi cette logique importée du business mais totalement inadaptée à la négociation sociale, mine le syndicalisme et détruit la norme collective.

Pour l’heure, voici un dernier petit scoop sur le premier dossier de la Ligue des Droits de l’Homme de Delphine Ernotte : l’Homme a été licencié.

~ Yesss ! ils ont viré le harceleur ?!

Non, ils ont viré le journaliste.

~ Naaan, je le crois pas…

Les promesses d’une Présidente ressemblent aux promesses d’un Président : elles n’engagent que ceux qui les écoutent. La LDH, dernier recours interne du harcelé, l’a en réalité crucifié.

Le recours judicaire du journaliste vient d’être plaidé.

On attend le jugement, ce sera une première pour évaluer la crédibilité de la LDH. 

Une morale à cette histoire ? Ne pas croire tout ce qu’on dit à la télé. 

Bonjour chez vous !

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Après « LDH », le joujou de la Présidence, le prochain et dernier article de notre série L’art de la défausse vous présentera « PCA », celui de la direction RH. 

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Peinture : Combo CK 
Texte principal : Oury Attia
Texte en second : Capucine Cueye  
Maquette : Nimtsa Web Design

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