Moi, Père Noël à l’oreille dure, DRH à France Télévisions

Cabinet Ktorza Pere Noyel

L’affaire des Huskies au cœur des réunions du CSE de décembre 2020 : premier test pour le nouveau responsable du dialogue social.

Vous connaissez l’affaire des illustrateurs sonores ( cf notre édito de bonne année ). Menacés de disparition, les quatre Huskies reçoivent des soutiens de toute part, des sociétés de rédacteurs aux organisations syndicales. 

7 décembre : leur affaire est mise à l’ordre du jour des réunions du CSE. Du b-a ba pour l’expert-conseil ( cf notre édito sur la bonne soupe ), qui reçoit là, en pleine période d’essai, une occasion rêvée pour briller. 

Car la Présidente se présente elle-même comme une professionnelle de la gestion, pas des procédures CSE. Pour sa part la grande DRH, reconnue pour son professionnalisme journalistique, ne se prétend pas spécialement pointue en droit social. Rien d’inconvenant à ce que, le sachant, elles s’adjoignent les compétences nécessaires.

C’est pourquoi le premier job du Père Noël va consister à couvrir ses deux patronnes sur les volets syndical et juridique. C’est cela, le « dialogue social » dont il a la charge. 

Mais les réunions démarrent mal : les élus protestent, contre la fausse suppression des illustrateurs sonores – car leurs tâches subsistent, confiées aux journalistes et aux monteurs, et contre la manière – les virer au 30 novembre moyennant préavis de 5 jours.

Le Père Noël ne bronche pas. Gêné de devoir se dresser face aux représentants syndicaux ? Il est vrai que jusqu’à l’automne dernier, il était payé pour leur fournir des billes contre la direction…

Monsieur Guimier, le nouveau directeur de l’information, va faire le sale travail tout seul. Il tente de justifier que monteurs et journalistes auront à assumer un métier supplémentaire, et que leurs tâches augmenteront sans aucune compensation.

In fine, bousculé par le pack des élus qui ne lâchent rien, il revient sur l’élimination signifiée aux Huskies quelques jours plus tôt. Et il corrige : ils ne sont pas licenciés, une concertation est en cours au niveau RH. A vérifier…

Info ou intox, les élus ne lèvent pas le siège. Ils lancent un dernier missile : l’absence de consultation préalable du CSE. Ils ont juridiquement raison : pour que ce type de décision soit licite, il faut en informer le CSE au stade du projet, puis recueillir son avis. 

Envisageant de supprimer les Huskies, la direction devrait soumettre au CSE à tout le moins une étude d’impact – sur la qualité des reportages sans Sound Design, sur les métiers, sur les embauches éventuelles de monteurs ou journalistes supplémentaires, sur le volet financier.

Or rien de tout ça n’a été réalisé. 

Et a fortiori, aucun avis n’a pu être voté.

Notre expert sait parfaitement que ses nouveaux amis de la DRH ont mal bossé. Mais les sortir de l’ornière, c’est son boulot de négociateur non ?  Il pourrait régler la difficulté en une phrase, renvoyant la mesure de fermeture à un mois ou deux, le temps de faire travailler convenablement le CSE.

Mais rien. Le Père Noël a l’oreille dure quand on parle son. 

C’est une double catastrophe :

> il laisse s’engager la responsabilité pénale du Chef d’entreprise, par commission du délit d’entrave aux prérogatives des représentants du personnel.

> il laisse s’engager la responsabilité civile de l’entreprise, sur les conséquences d’une décision juridiquement nulle. Les salariés visés auront droit à réintégration au poste.

Morale de l’histoire : ces réunions auront été un magnifique test pour l’expert en période d’essai. Qu’il soit confirmé ou non, le moins qu’on puisse dire est qu’il a fait ses preuves … 

Allez, une dernière pour la route ? D’accord mais juste le coup de l’étrier : 

Inexistant dans ces réunions de CSE, le Père Noël se voit annoncer un préavis de grève pour le 4 janvier 2021. Lui faire ça à lui, fort d’un compagnonnage de plus d’une décennie avec les syndicats majoritaires de France Télévisions… quelle claque ! 

C’est un nouveau challenge qui s’annonce. Car si la loi sur la grève dans les services publics prescrit un préavis obligatoire, c’est pour que les parties négocient ; patron et syndicats y sont tenus. 

C’est aussi une opportunité, pour le Père Noël, de se refaire. Surtout que les organisations syndicales ont prévu large, offrant un préavis de quatre semaines.

Et là, c’est le pompon ( sur le bonnet ) : le Père Noël disparait, encore une fois, de la scène. 

Ainsi, en un mois, aucune proposition concrète ne sera faite à l’intersyndicale, malgré deux réunions convoquées pour la forme. 

C’est une provocation à l’arrêt de travail, interdite par le Code du travail. 

Autrement dit, le Père Noël a mis sa patronne dans la main des syndicats : ils peuvent exiger le maintien du salaire pendant la grève, en réparation de la faute de l’employeur qui a provoqué l’arrêt de travail. 

Encore une catastrophe. Et tout cela, sur un seul dossier…

Finalement, doit-on s’étonner de cette accumulation, chez un même personnage, d’impairs et de manques ? Non. Car depuis l’âge de 7 ans, la plupart d’entre nous le savent :

Le Père Noël n’existe pas. 

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