Moi, Arno, fake DRH à France Télévisions

Cabinet Ktorza Arno

Le DRH de la Filière Production avait fabriqué un dossier de licenciement. La salariée n’a pas vraiment apprécié. Le juge, encore moins.

Conseil de prud’hommes de Paris, audience du 26 novembre 2020. Le litige :

> Le DRH pouvait me trouver un poste, il a préféré me licencier, expose la femme de télévision. 

> Impossible de la reclasser, j’ai été obligé de la licencier, expose le DRH. 

Pourquoi fallait-il un reclassement ? Parce que la plaignante est un cadre de direction, basée à Lille, dont la santé ne permettait plus de mener la vie de fou, en terme d’astreintes horaires et de déplacements permanents, qu’impliquaient ses responsabilités.

Le médecin du travail a prescrit un repositionnement à Lyon, dans la région de son domicile, sur un poste sédentaire.

Le DRH est alors tenu de suivre cet avis. Et de donc, reclasser la salariée en en respectant les prescriptions.

Mais dans notre affaire, le DRH, c’est Arno… un de ceux qui, entre deux injonctions contradictoires – virer des gens sans motif valable pour espérer plaire à la patronne, ou respecter la loi -, choisissent l’espoir. 

Et dans notre affaire, le salarié à reclasser, c’est une femme, senior après 37 années de service à la télévision publique, fragilisée par les séquelles d’un accident du travail. Une proie rêvée.

La conjonction de ces deux trajectoires provoque un licenciement.

La question soumise au juge est donc claire : Arno a-t-il ou non respecté la loi ?

Le dossier fait état de ses recherches à Wallis et Futuna, à la Réunion, en Polynésie, à Saint-Pierre et Miquelon, en Guadeloupe, en Guyane, partout sauf… à Lyon !

Le juge relèvera aussi l’absence de loyauté d’un envoi de mails ne mentionnant rien du profil et des compétences spécifiques d’une professionnelle de haut niveau. Ce qui prouve, selon le juge, l’absence de recherche personnalisée.

La question paraît tranchée. L’infraction à la loi est si évidente que le juge est en droit de se demander comment une grande entreprise publique peut agir de cette manière… Avec de plus, une forme de provocation insupportable consistant pour le DRH à se faire porter absent à l’audience, sans même s’en être excusé.

Mais tout justiciable a droit à une défense, et l’avocat du DRH va essayer de combattre.

En substance, il énonce fortement deux phrases :

J’ai ( il parle de Arno ) écrit à tout le monde, c’était cela mon obligation.

Et

J’ai notamment écrit au DRH de tout le réseau France 3, qui couvre la région lyonnaise.

Ces deux phrases sont extraordinaires. 

Si vous les soumettez à n’importe quel DRH de France Télévisions, le vôtre par exemple, il vous dira que cette défense est correcte et qu’il s’y retrouve. C’est d’ailleurs pourquoi le défenseur de Arno a plaidé en ces termes. Il a très précisément porté la parole de son client, et c’est son rôle. Pourtant…

Pourtant ces deux phrases révèlent et incriminent Arno. Décryptons :

« j’ai écrit à tout le monde ». 

C’est là du pur langage RH. Ces mots disent : mon travail est d’écrire pour interroger, je l’ai fait, tout est OK.

Mais non, Arno, vous n’êtes pas là pour écrire, mais pour reclasser. Vous confondez faire des gestes et faire le travail. En justice, et c’est heureux, la langue RH ne passe pas. Les DRH qui plaident « j’ai fait deux avertissements maintenant je peux licencier pour faute » vivent dans une série TV. Ils jouent à. Ils font comme si. 

Cette phrase prouve, par le creux mais avec force, que le DRH n’a rien fait. Ce qu’il a à faire est clair, si ce n’est simple : faire équipe avec le cadre, chercher ensemble toutes les solutions, l’accompagner y compris en entretiens. Si le poste d’Arno se justifiait, ce serait pour ça : pour aider les gens de télévision à trouver ou retrouver la bonne carburation.

Arno, lui, c’est « j’ai écrit à Saint-Pierre et Miquelon ».

Et ce n’est pas tout :

« j’ai écrit au DRH réseau, ça couvre Lyon ».

Autrement dit, j’ai écrit non pas à la DRH de Lyon, mais à sa hiérarchie. Pourtant Séverine, sur le terrain, payée pour connaitre et coacher les trajectoires des cadres locaux, est la personne qualifiée pour trouver un reclassement en région lyonnaise. Dans l’esprit de Arno, la filière hiérarchique prime sur la réalité de l’effort de reclassement.

Comment, et jusqu’à quel point peut-on se ficher de l’humain ?

Le 14 janvier 2021, le juge a statué en faveur de la femme de télévision, condamnant France Télévisions à supporter la faute de son DRH, par 170 000 € de pénalités, en plus des indemnités de licenciement déjà versées, pour 150 000 €. 

Un triste record en première instance, mais qui pourrait s’aggraver encore, comme dans 90 % des cas où le DRH ponctionne la redevance pour poursuivre sa petite guerre en appel…

Le danger, ce serait de ne plus se scandaliser, du traitement infligé à cette femme, et de l’impunité des gens qui dilapident la trésorerie publique.

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